À demain, donc.

17h, la voix couverte de grésillements du haut parleur résonne dans la gare. « Votre attention s’il-vous-plaît, le train corail numéro 3348 à destination de Paris Saint-Lazare va partir. Prenez garde à la fermeture automatique des portes…. ».
Cette voix je ne la connais que trop bien, pour l’avoir entendu au moins six fois en moins d’un mois. Elle est nasillarde, lointaine, froide et pourtant douce. Elle sonne pour moi le glas de mon séjour et l’heure de repartir, de retourner d’où je viens, dans cette liberté traîtresse qu’on appelle « indépendance ». Aujourd’hui, encore une fois, je suis parti sans dire au revoir.

Un sms fait trembler mon téléphone contre ma cuisse.
« Tu es déjà parti ?
– Je suis dans le train. Il part dans 5 minutes. 
»
Je me doute de la suite de la conversation et je l’attends avec une boule au ventre. Les secondes s’écoulent comme des heures et la réponse tombe.
« Bah dis pas au revoir surtout !!! »

Non. Je ne dis pas au revoir. Je ne le dis pas parce que je n’aime pas ça. Je n’ai pas envie de partir. Je n’ai pas envie de vous laisser derrière moi. Alors je ne vous dis pas au revoir. Je vous emmène avec moi ; dans mes souvenirs, mes pensées, mon téléphone. Je ne suis plus avec vous mais vous êtes toujours à mes côtés. Alors pourquoi vous dirai-je au revoir ?

Je viens de passer une semaine avec des personnes que, avant de partir sur Paris, je considérais comme mes amis. Mais les revoir, et devoir les quitter à nouveau m’a fait prendre conscience de ce qu’ils sont pour moi. Bien plus que des amis, ils sont une famille. Elle est diverse, elle ne ressemble à aucune autre mais ensemble nous sommes une famille, une famille liée par le cœur et non par le sang. C’est la seule famille que nous pouvons nous choisir. Je les ai choisis, ils m’ont choisi en retour. Je ne leur serais jamais assez reconnaissant pour ça.
On m’avait prévenu que ce n’était qu’une fois que les choses n’étaient plus à notre portée de main qu’on se rendait compte de la valeur que nous leur apportions. Je n’avais pas versé de larmes quand je suis parti, ni quand je me suis installé dans mon nouveau « chez moi » mais en les revoyant je me suis rendu compte à quel point ils m’avaient manqué.

Dans cette histoire, c’est le plus douloureux, à mes yeux. Alors quand je m’en vais, que je les laisse dans cette ville où j’ai vécu tant de choses avec eux, je ne leur dis pas au revoir. Je les regarde comme si je les reverrai le lendemain et dans un sourire je souffle.

À demain, donc.
je vous embrasse !

JiBay

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J’ai dormi à Larkhill !

Cette nuit, j’ai été victime de mon propre subconscient. J’avais relu l’intégrale de « V for Vendetta » pour trouver de l’inspiration pour un concours de nouvelles (allez y jeter un oeil, l’idée est très bien et c’est au profit de l’association Le Refuge) et il semblerait que l’histoire s’est imprégnée dans ma tête un peu plus que prévu.
Cette nuit, j’étais dans un camps. Un camps d’internement. Pas n’importe lequel, et pourtant pas ceux auxquels on pourrait penser. J’étais à Larkhill. Enfin je crois. C’est ce qui me semblerait le plus logique en tout cas.

Ambiance Club Med dès l'entrée, ça fait rêver.

Ambiance Club Med dès l’entrée, ça fait rêver.

Ils nous avaient enfermés dans des box, vitrés. Je voyais les autres en continu et eux aussi me voyaient. C’était comme s’il n’y avait pas de prison. C’était au fond la pire des cages. Nous n’avions plus d’intimité, nous en étions réduit à de simple rats de laboratoires. Au début, on se cachait pour aller aux toilettes – enfin sur le trou qui servait de toilettes dans un coin de la pièce. Le conduit était à la verticale jusqu’à une fosse septique et les odeurs remontaient par effluve en fonction des courants d’airs. Puis petit à petit, alors qu’on ne pouvait se parler avec ceux dont nous croisions le regard tous les jours, nous avons établit une certaine confiance dans notre misère, dans notre calvaire. Mon intimité privée commençait à devenir la leur et la leur devenait mienne. C’était comme si ne formions plus qu’une seule entité décharnée, malade et triste. On ne se cachait plus, plus pour aller aux toilettes, plus pour aller à la douche (quand les officiers médicaux nous y emmenaient), et même, pour certains, plus pour se masturber. Nous n’étions qu’un. Une seule conscience d’être ici enfermés pour une seule et même raison : nous existions et notre existence était une nuisance pour leur ordre social bien bâti. Homo, pour la plupart, mais aussi handicapés, délinquants ou simple contestataire.

J’ai beau savoir que c’était un rêve, il n’en demeure pas moins que j’en ai souffert. Je ne sais pas combien de temps je suis resté à Larkhill. Des jours, des mois, des années… je ne sais plus. Et je ne saurais jamais combien de temps j’aurai tenu. Un coup de fil de ma colocataire m’a tiré de cet enfer. Mais j’ai eu mal, psychologiquement et physiquement. J’avais la peur qui me rendait l’estomac fébrile, près à tout me rendre à la moindre secousse. Je ne sais plus ce qu’ils m’ont fait, ce qu’ils ont fait aux autres et je crois que je ne préfère pas savoir. Mais je me souviens d’un chose : je me suis trahi moi-même, et cette pensée me fait peur.

Je me disais que si j’agissais comme ils auraient voulu que j’agisse, il me laisseraient tranquille, il me libérerais et mon calvaire serait fini. Je me suis trahi moi-même. Je me dégoûte. J’étais prêt à abandonner mon être, mon âme, mes convictions pour … survivre. Aujourd’hui le cauchemar est terminé, je suis réveillé et je ne saurai sans doute jamais ce que j’allais faire. Mais plus le temps passait et plus je me sentais devenir un de leur petit toutou bien dressé. C’était un compromis que je semblais prêt à accepter pour survivre à cette enfer.

Alors oui j’ai encore peur maintenant que je suis réveillé. J’ai peur de l’avenir et de ce qu’il va nous apporter. Mais j’ai peur de moi-même quand je me rends compte que je semble prêt à tout abandonner de ma personne si je peux survire. On m’a souvent répéter que j’étais habité d’un certain courage. J’aurais bien aimé le voir ce courage dans mon rêve. J’ai peur de devenir cette personne que j’étais dans ce rêve, celle qui riait même de la situation en pensant à l’extérieur de ces murs translucides mais qui s’était tuée pour survivre.
Au fond de moi je sais que je ne réagirai pas exactement comme ça, mais voir cette version de moi se comporter de cette façon me fait alors prendre conscience que je ne me connais pas aussi bien que je le croyais et qu’une vie entière ne suffit pas pour se découvrir.

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Lettre ouverte à ma mère.

Maman, je pars.

Je pars et vous n’avez rien vu venir. Pourtant j’en avais laissé des indices sur ma route mais vous avez préféré les balayer plutôt que d’y prêter attention. Aujourd’hui, nous en sommes venus à un stade de notre relation où vous m’avez clairement exposé comme étant un des deux seul choix possibles mon départ. Je vous dirais bien que je n’ai pas à fuir devant vous, que je n’ai pas à plier face à votre intolérance, mais vous êtes ici chez vous et vous avez en parti raison : ce n’est pas à vous d’adapter vos règles en fonction de nous (quoiqu’étant votre fils, j’aurai quand même compris) mais à moi de savoir réagir face à vos conditions. Alors je pars.

Voyez-vous, quand j’ai commencé à imaginer cette lettre, voilà maintenant quatre jours, j’avais en tête un discours assez long, assez pompeux qui mêlait amour et passion avec la haine et l’écœurement. Oui, par un procédé miraculeux digne de la complexité de ma pensée, j’avais réussi à marier tout ce beau monde ensemble. C’était une alliance bancale mais qui tenait, un peu comme nous deux, ou moi vis à vis du reste de la famille. J’avais donc cette superbe lettre mais je n’arrive pas à m’en souvenir (j’avoue en être un peu déçu parce que j’aimais bien la tournure qu’elle prenait).

J’ai décidé de partir et ce n’est pas quelque chose que je prends à la légère. Il ne s’agit pas pour moi de ne partir que physiquement mais bien d’établir une distance entre nous parce que notre cohabitation n’est plus sereine pour aucun de nous et surtout parce que l’image que j’ai de vous ces derniers temps me répugne de plus en plus. Ça me brise le cœur de vous le dire, de le formuler ainsi mais c’est le cas. Quand je pense à vous je suis tiraillé entre l’amour du fils pour sa mère et l’abjection de la personne pour une autre.

À cette heure je n’ai d’autre mot pour vous dire ce que je ressens que « Je vous hais ». Je tiens trop à vous, à ce que vous m’avez apporté pour vous mépriser ; alors, par défaut, je vous hais. Pour moi haïr quelqu’un, c’est un bien pour un mal. C’est ne plus pouvoir la supporter et détester trop de chose en elle tout en restant profondément attaché à cette personne. Alors je vous hais, Maman. Je me sens mal à l’aise de ressentir ça mais c’est la triste vérité. Je ne sais plus où se trouve la frontière entre mon amour et ma haine pour vous.

Je suis conscient d’être un fils compliqué, de ne pas être facile à gérer entre mes angoisses, mes crises, mes débâcles et mon être. Ces derniers temps j’ai essayé de vous rendre la vie plus simple, de vous aider là où je pouvais vous aider, de soulager vos épaules de ces petites lourdeurs de la vie quotidienne. Mais je me suis rendu compte que, outre le fait de servir les autres – ce qui, comme vous le savez, m’a toujours plu – j’avais l’horrible impression de me racheter auprès de vous, de vendre mon aide pour un peu de crédit à vos yeux. Parce que je ne suis jamais assez bien pour vous. Pas aujourd’hui, peut-être hier, mais sûrement pas demain. Je ne vous plais pas, vous êtes mal à l’aise avec moi et ça me blesse. Mais pour parler franchement, c’est le fait que vous ne m’ayez rien dit qui me blesse le plus.

Vous rendez-vous compte de l’absurdité de la situation où nous sommes arrivés ? Vous me foutez à la porte pour un piercing ? Parce que oui je pars, mais au final je n’ai pas eu tellement je choix. Je m’en vais parce que je sais pertinemment que je ne pourrais pas supporter l’ambiance qui régnera autours de moi. J’ai déjà du mal à la supporter mais ça s’est aggravé ces derniers mois. Bien sûr, il fallait y arriver à un moment où à un autre de cet diatribe.

Ces neuf derniers mois ont été plus que pénibles pour moi. Neuf longs mois durant lesquels je vous ai vu prendre position, de plus en plus pour une cause que je trouvais déjà gênante. Mais au cours de ces mois, je me suis rendu compte que non seulement vous y adhériez mais que votre intolérance, mes frères et sœurs vous avaient retrouvée. Neuf mois plus tard je me retrouve seul contre vous tous et c’est aussi pour ça que je pars. Vos positions aux côtés de la Manif Pour Tous me blessent. Elles me blessent d’autant plus que je vous ai mise au courant assez tôt que je me sentais profondément blessé par les propos qui étaient alors tenus. J’ai bien compris qu’avoir un fils homosexuel n’est pas une chose facile à vivre pour tout le monde, en particulier pour vous qui avez été bercée dans une culture qui, sans le réprouver ouvertement, n’est pas très accueillante sur ce propos. Mais ce qui me gêne le plus c’est que, après vous avoir expliqué en quoi le message véhiculé par ce mouvement étant d’une extrême violence vous avez tout de même décidé de le soutenir ouvertement, jusqu’à la maison, jusqu’à le rappeler en me regardant droit dans les yeux.

Très rapidement j’ai essayé de prendre du recul par rapport à tout ça, à vos actions. J’ai même été jusqu’à vous souhaiter une « bonne manif » alors que le jour même j’étais en larme en train de vomir le repas que je n’avais pu avaler en songeant à là où vous étiez. J’ai accepté que vos opinions différentes des miennes. Vous m’aviez dis que malgré mes révélations, je ne devais pas vous empêcher d’avoir un autre avis sur la question. J’étais d’accord. Au fond j’espérais simplement que vous vous reposeriez la question des conséquences de vos actions et leurs répercussions sur ma personne. J’ai pensé, en vous faisant mon coming out que ça nous rapprocherait, que vous me comprendriez mieux, ainsi que ma position sur le mariage pour tous. Je me suis lourdement trompé.

Alors je vous en veux. Je vous en veux énormément de ne pas avoir su faire la part des choses, de ne pas avoir su reconsidérer la question avec plus de cœur, de ne pas avoir su peser vos mots, de ne pas avoir su protéger mes plus jeunes frères et sœurs de vos idées et de la Manif Pour Tous. Je vous déteste pour avoir encourager ma petite sœur à prendre position sur le sujet, à vous obstiner pour que nous en parlions en privé quand elle était là, à l’empêcher d’avoir d’autres avis sur le sujet. Vous l’avez baignée dans ce milieu et elle s’en est imprégnée. Elle pense défendre une cause juste, c’est son droit mais comment peut-elle estimée une cause à sa juste valeur si vous ne lui avez pas permise d’en apprendre plus de la part d’autres positions.

Cette loi aurait déchiré la France. Elle aura eu le mérite de déchirer notre famille. Vous êtes bornée, complètement obnubilée par vos croyances dans lesquelles vous vous êtes renfermée après votre divorce. J’ai toujours considéré ça comme une ligne de vie comme une autre, mais c’était avant que votre ligne de vie ne fasse du mal à d’autres, ne me fasse du mal.

Donc voilà, parce que je ne me sens plus à ma place chez moi ;

parce que cous m’avez dit vous-même ne pas être capable de m’accepter dans mon intégrité ;

parce que vous ne pensez pas que la famille que j’aimerai construire soit la même que celle que vous avez construite ;

parce que vous me refuserez un « grand mariage, comme aux autres » ;

parce que ces autres, mes frères et sœurs ne savent pas m’aimer et se contente de me fréquenter sans me connaître ;

parce que vous savoir dans la rue pour crier contre mes droits me fait mal ;

parce que vous avez considéré cette journée de fête des mères où vous êtes allés manifester, vous et mes frères et sœurs, une « journée en famille » alors que vous saviez très bien que je ne voulais en être ;

parce que je ne me sens plus faire partie de cette famille ;

parce que vous me l’avez demandé ;

et surtout parce que vous ne voulez pas apprendre à vivre avec la personne que je suis,

je pars. J’ai fait mes bagages, je m’en vais.

Il y a tant d’autres choses que j’aurai aimé vous dire mais je ne veux plus prendre le temps de vous parler. Je ne fais pas ça de gaieté de cœur mais j’espère qu’un jour j’apprendrai à vous pardonner, en attendant : oubliez-moi.

————————–

Depuis que j’ai posté cette lettre, les choses se sont emballées grâce, ou à cause de la magie d’internet.
A l’origine cette lettre était privée. Si je l’ai rendue publique c’est parce qu’elle porte un certain message pour beaucoup. Cependant elle reste une lettre pour ma mère et non pas un appel à la haine. J’y emploie un langage très dur, violent même, que j’assume mais qui ne doit en aucun cas être un credo. Il faut la replacer dans son contexte, que ce soit social ou émotionnel. Que vous la partagiez me fait sourire, me réconforte, mais gardez en tête que si je l’ai faite, si j’ai pris la décision de partir c’est aussi dans une optique de paix et de tranquillité d’esprit.
Mes mots ne sont pas que des mots. Ils ont un passé,  et sont fait d’une histoire pleine de conséquences. Ne pas y penser en lisant la lettre est une faute ! Certes il y a un message à faire passer, mais n’en oubliez pas que ce genre d’action amènent des personnes à souffrir et, même si nous semblons le souhaiter, cela n’est jamais une bonne chose.

Merci pour votre soutien, je crois encore à la possibilité d’un futur paisible, pour moi comme pour d’autre, seul ou en famille qu’elle soit de sang ou de coeur.

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Chroniques de la Solitude : Through the Looking Glass

Depuis peu, il y a une phrase que je n’ai de cesse de répéter : « Je suis quelqu’un d’assez compliqué ».

Ce n’est pas quelque chose que je lance sans raison, c’est un fait. Je suis complexe, je me reconnais comme tel et l’assume complètement. Mais cette complexité, en plus d’être une qualité se révèle comme un de mes gros défauts. Vous pouvez passer toute une soirée avec moi, toute une journée voire même des années, il y a aurai toujours quelque chose de moi à découvrir.
Par exemple, une amie qui m’est chère m’a récemment confié qu’elle m’en voulait un peu parce qu’au bout de trois années elle avait le terrible sentiment de ne toujours pas me connaître. Elle m’a dit « quand on voit la taille de ce qui dépasse de l’iceberg, on a peur de ce qu’il y a en dessous. »

Cette complexité vient de mon histoire personnelle, très voire trop chargée pour mon âge. Je ne saurais vraiment dire si cela vient des nombreuses choses qui sont arrivée autours de moi ou du regard que je porte sur eux, le regard d’un enfant plus en phase avec le monde des grands qu’avec celui de ceux de son âge, un regard meurtri et choyé par un désir d’évasion constant et qui aujourd’hui encore est à la fois mon frein et mon moteur.
Moteur parce que je me construit autour en l’utilisant comme outil de prédilection et frein parce que dans le même sens, je me réfugie derrière elle, c’est mon choix de facilité.

Et je vis avec. J’en suis fier et elle me plaît. Elle fait partie de moi et j’avoue que sans elle je ne me sentirais pas moi-même. J’ai l’impression d’être spécial, ou juste unique, avec elle. C’est un cadeau de ma personnalité, mon Précieux.

Avec ça, et mes multiples facettes qui accompagnent les voix dans ma tête, j’essaye tout de même d’être quelqu’un plus en phase avec les autres, mais ce n’est pas toujours évident et la route est parsemée d’embûches dans lesquelles j’ai généralement toutes les chances de tomber.

Le titre de l’article est une référence au roman de Lewis Carroll « Through the Looking Glass« , suite du très connu Alice au pays des merveilles.

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Parlez vous, bon sang !

Après avoir répondu à un questionnaire sur Facebook donné par ma cousine, je me suis donné l’occasion de réfléchir sur l’emploi qui est fait de ce site.

Selon moi, Facebook devrait servir à compléter une relation, une amitié et non pas la remplacer. Facebook nous permet d’outrepasser jusque la plus petite distance afin de faire perdurer le lien qui nous lie aux autres. Nous devrions parler sur Facebook. Parler aux autres, avec les autres, pour les autres. Il me semble qu’aujourd’hui, nous n’interagissons pas vraiment avec les autres. Les seuls outils de communication que nous utilisons réellement sur ce site sont les « like« , en majeure partie. Réfléchissez  prenez le temps de vous observer. Sur tous les posts qui défilent sur votre timeline , quelle est votre réaction ? un clic. Un simple clic sur le bouton « j’aime » et c’est terminé. Vous vous êtes manifestés, sans avoir rien dit. Par ce geste nous montrons à toute cette population languissante derrière l’écran de l’ordinateur que nous existons. Simple, efficace, bonsoir.

Non ! Nous devrions parler sur Facebook. Certes il faut nous exprimer, mais bien plus qu’un simple clic, c’est avec des mots qu’il faut nous faire comprendre, sans quoi on peut laisser place à des quiproquo. Mais il ne faut pas tomber dans le piège du parler pour ne rien dire. Bien évidemment qu’il faut faire entendre nos idées mais s’il n’y a pas de public visé, à quoi cela sert-il ? Vous pourriez tenir le plus majestueux des discours, digne d’un Pulitzer ; si personne n’est là pour le savoir, en quoi cela peut-il bien être utile ?

Parlez vous, bon sang. Plus que de regarder les profils et d’attendre passivement que les nouvelles viennent d’elles-même, allez les quémander, intéressez-vous à vos contacts, posez-leurs des questions, pour savoir comment ils vont, et ce même si cela fait des années que vous ne vous êtes pas adressés la parole. Je crois que le plus souvent la peur nous tient au ventre de renouer le contact avec ces gens à qui nous n’avons pas parlé depuis un moment.  Nous avons peur de leur réaction. « Qu’est-ce qu’il me veut lui ? » ; « Tiens, il n’est pas mort, celui-là ? » sont peut-être ce que nous imaginons mais je crois qu’au final nous n’attendons tous que ça, de reprendre contact avec telle ou telle personne. Je vais d’ailleurs vous laisser, j’ai des amis de longue date à contacter.

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Chroniques de la Solitude : De X, Y et Z (2/3)

Je ne sais pas si je suis prêt à parler de Y. C’est sans doute encore trop tôt ; moins que Z mais la fin est plus violente. Je ne sais pas combien de temps cela prendra avant de pour en parler, alors j’y reviendrai plus tard.

Z donc. J’ai rencontré Z comme j’ai rencontré Y : en voulant forcer le destin. J’ai appris depuis que c’est le genre de choses qui ne semble marcher que pour les autres, jamais pour soi. Z était timide : quand j’ai reçu son message dans la boîte de réception du site où nous étions, j’ai tout de suite senti sa crainte, sa peur du rejet « parce qu’il n’y avait pas sa photo ». Il est courant de se prendre des bides sans photos apparemment. Mais j’ai répondu, pour rassurer Z, pour lui souhaiter la bienvenue et lui faire comprendre que je n’étais pas quelqu’un qui s’arrêtait à ces détails. Au départ, je n’avais aucune vue sur Z, et puis on peut dire que je flirtais avec Y, alors j’avais répondu en toute innocence (pour une fois) et par compassion ; mon côté maternel, comme le soulignerait ma mère.

Comme avec n’importe qui, la conversation s’est poursuivit, histoire de faire un peu plus connaissance. Au fur et à mesure, je m’attachais un peu à Z, sans trop savoir pourquoi. Peut-être était-ce parce qu’avec Y, ça ne se passait pas comme je le voulais, que je n’étais pas à l’aise avec notre relation : j’avais vu en Z un échappatoire possible, une vraie raison de larguer Y et de me barrer, encore une fois. D’ailleurs, ce fut plus ou moins le contraire. Y avait tout vu venir, et puis même de son côté ça ne passait pas vraiment. Alors un soir, on a clarifié les choses. Ce même soir, c’était clair et net : Y et moi, ce n’était pas possible. Rêveurs, nous nous étions laissés croire que nous pouvions restés amis, mais je reviendrais là-dessus plus tard.

Alors voilà, j’étais libre, et Z semblait n’attendre que moi. Nous n’avions pas cessé nos messages via le site et je finis, au détours d’une soirée, par en parler à une de mes meilleures amies, membres du quatuor infernal que nous formions avec deux autres filles en terminal. Si je m’attendais à ce qui allait passer… . Comme je ne saurais pas vraiment vous expliquer ça, je vais me contenter de vous retranscrire notre discussion :

« Attends, attends… Z, là dont tu nous parles, c’est quand même pas THE Z de Mam* ?
– … Euh, j’en sais rien. On a qu’à voir sur Facebook.
[…]
-… Oh merde…
-… Mec… tu t’es foutu dans la merde ! Tu te débrouilles tout seul pour t’en sortir. Elle le sait tu crois ?
– Franchement, j’en doute, Z a pas fait le lien donc, bon…
– Alors dis-lui ! »

Pour expliciter ce dialogue : Mam, c’est une amie du lycée, membre de la « Daronnie », une famille fictive placée sous la protection du Daron (que je salue au passage) née d’une alliance incestueuse sous le portrait de Mao, sur la place Tian’anmen. Bref un gros délire de lycéen tordu qui nous poursuit encore aujourd’hui. Pour situer, Mam c’était ma mère, donc accessoirement quelqu’un d’assez important pour moi. J’attrapais donc mon téléphone et la prévint de ma situation car, on y arrive enfin, Mam est la meilleure amie de Z… . La réponse ne se fait pas attendre. Je l’imaginais bondir derrière son téléphone, hurlant de surprise de rage de ne pas l’avoir prévenue plus tôt. Mais bon au final, j’avais sa bénédiction, si je puis dire. Alors je me suis décidé à aller plus loin avec Z, avec qui j’en étais toujours au stade « amis ».

Comme je n’avais pas vu Mam depuis longtemps, nous en avions profité pour se revoir à l’occasion de la soirée de celle-ci. C’est bien sûr une fois sur place qu’elle m’annonce que Z arrive et qu’elle n’avait rien prévu dans notre dos. Je la soupçonne encore à ce jour d’avoir tout manigancer. Le fait est que j’ai donc aussi passé la soirée avec Z, et à la fin… on ne s’est pas embrassés. Ni la fois d’après où, comme Z était de retour pour le WE, j’avais proposé un ciné, vous voyez pourquoi. Mais rien, à la fin, j’ai raccompagné Z à sa porte, mais je n’ai rien fait. Je me souviens de ce moment quasi gênant où nous étions face à face, Z debout, attendant de rentrer sans le vouloir, et moi avachi sur mon vélo sans trop savoir quoi faire (en fait je savais mais je trouvais que ça allait faire trop cliché donc je n’ai rien fait).

Et puis finalement, un jour où nous étions chez Z, à regarder de la grosse merde à la télé, je me suis lancé, et tadaaa nous étions ensembles. Youhou on fait péter les confettis. Sur le moment, même si je savais que je n’avais pas vraiment de sentiment pour Z, j’étais vraiment content de sortir avec. Une fois encore, l’idée d’être « ensemble » me plaisait plus que la personne avec qui j’étais. Le début d’un nouveau mensonge. Mais j’étais décidé à ne pas commettre les mêmes erreurs.

Faisant ses études sur Paris, je ne voyais Z que les week-end. Le reste du temps, nous nous parlions par sms. Jusqu’au jour fatidique où, par message sur Facebook (oui la relation avait évolué jusqu’à devenir amis au royaume de Zuckenberg) Z m’apprend que son téléphone est resté chez une amie après une soirée. En soit pas de problèmes, mais je n’allais pas du tout imaginer que le téléphone allait mettre plus d’une semaine et demi avant de revenir dans ses mains… . Et là j’ai senti le fragile fil qui nous maintenait se briser. J’arriver encore à me donner l’illusion que ça pouvait fonctionner grâce à une conversation constante. C’est donc bien trop longtemps sans s’être parlé que j’ai retrouvé Z… enfin je croyais. La personne que j’ai vu n’était pas celle que je croyais connaitre. Je ne sais pas si Z avait changé en deux semaines à ce point où si c’était moi qui n’avait pas su voir la vraie personnalité de Z. En tout cas, après une simple fois, une seule journée ensemble… j’ai su que ça ne pouvait pas durer, pour personne. Alors je suis devenu distant. C’est con à dire mais j’avais vu ça dans un film : négliger (à petite dose) l’autre pour se séparer en douceur. mais je savais que ce n’était pas une solution à long-terme J’allais encore blesser quelqu’un, et je ne voulais pas me forcer une autre fois. Alors, à minuit et des brouettes, j’ai demandé à Z de me retrouver en bas de son appart.

Sur le chemin qui y menait, j’avais préparé un discours pour annoncer ça correctement, pour expliquer mes impressions tout en essayant de ménager les siennes. Et pourtant quand Z était face à moi, mon discours a volé en éclat. J’étais incapable de sortir les phrases quasi lyriques que j’avais préparé. Au lieu de ça j’ai dit : « Désolé… je ne peux pas ». Pff tu parles d’une rupture. Z a acquiescé, simplement. Comme on en avait parlé avant qu’on s’était dit que le « nous » qu’on allait faire c’était vraiment pour essayer, Z a compris, a compati. On s’est embrassé, comme les amis qui nous étions restés et puis nous nous sommes séparés. Si nous ne nous sommes pas encore revus, il ne me semble pas y avoir de rancune entre nous. On se parle toujours un peu, moins qu’avant. Je n’ai pas perdu contact, même si c’est plus éloigné.

Et voilà, Z… Je sais ce que tu deviens, j’en suis content pour toi, sincèrement. Si ça se trouve on se croisera à la fac maintenant. A très vite.

*Les noms ont été changés, vous vous en doutez bien.

Bonus : Illustration du Quatuor pré-cité pour le dernier jour du lycée… nous étions cruels et cela n’a pas vraiment changé !

 

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Chroniques de la Solitude : de X, Y et Z (1/3)

Au moment où je commence à écrire ce post, il est 00:55, et je viens de rompre avec Z.

Je n’ai eu que trois relations concrètes dans ma vie. C’était avec X, Y et Z. Trois personnalités complètement différentes, trois empruntes dans ma vie, trois marques pas forcément agréable dans leur peau (ceci est une métaphore). Jusqu’ici, j’ai le sentiment de n’être qu’une cicatrice, une déchirure dans le papier de leur vie, mais pourquoi ? La question n’est pas pourquoi j’ai ce sentiment mais bien pourquoi suis-je une déchirure.

J’ai rencontré X sur un forum d’écriture de role-play. On écrivait ensemble, on lisait ce que l’autre faisait avec d’autres binômes, d’autres joueurs, on se demandait juste qui il était. X était quelqu’un d’important et de connu. Sur le forum. En ce temps là de ma vie, je n’avais pas grand chose d’autre à part ce forum où je m’évadais tous les jours de la semaine, où j’attendais avec impatience une quelconque réponse d’un partenaire de plume pour pouvoir y répondre à mon tour, me glisser dans la peau de mon personnage et m’évader dans ce monde où tout est possible.

J’ai décroché un job. Sur le forum. Et X était mon patron. Sur le forum. Nous étions donc amenés à nous parler fréquemment, de tout et de rien, de nous, de nos personnages. Pour nous, ce n’était pas dissosciable. Nous étions notre personnage et nous-même à la fois. C’était sans doute notre première erreur. Tous les jours nous nous parlions. Nous avons finis par tellement nous connaître que, même lorsque nous n’étions pas derrière notre écran à discuter, nous savions ce que l’autre faisait.

Puis vint un moment où ne se parler juste le soir n’était plus suffisant. Il nous fallait plus, pouvoir se vanner à distance, ou juste dire que telle chose pourrait être amusante dans notre récit, ou que telle situation aurait très pu arriver à l’autre. Finalement, à force de discuter nous avons mis un mot sur notre relation : « ensemble ».

Nous étions ensemble malgré notre distance. Que voulez-vous, j’étais jeune, et j’y croyais. X aussi y croyait, dur comme fer. Et puis je me suis rendu compte, au fur et à mesure que les semaines avançaient que finalement je n’y croyais pas. Au début c’était un jeu pour moi, un jeu de grand auquel j’avais enfin accès : je pouvais me vanter d’être en couple et ça me plaisait. Sauf que finalement, je n’ai fait que mentir à tout le monde, en commençant par moi-même. Et quand je m’en suis rendu compte, je n’ai pas arrêté, bien au contraire. Je me suis enfoncer dans mon mensonge, laissant à X l’idée d’une réelle relation alors que je ne ressentais rien. On s’appelait toujours, on se parlait. Je savais, et X non.

Vint enfin le jour où nous devions nous rencontrer. Ce jour-là, j’ai fait quelque chose de terrible et d’affreux. J’ai laissé ma première cicatrice. J’ai vu X et ma première phrase fut « ça va pas être possible ». Mais je ne lui ai pas dit. J’ai gardé ça pour moi et j’ai pris soin de fuir tous ces regards, d’échapper à ses gestes. Forcément, X s’en est rendu compte et m’a demandé de le rejoindre à l’écart pour discuter. A sa question « est-ce que tu m’aimes ? » j’ai répondu non. J’ai répondu non à « m’as-tu un jour vraiment aimé ? ». J’ai répondu  non quand X a voulu savoir si un jour ça serait possible. J’ai répondu non à tout et je suis parti sans un autre mot. X n’avait rien vu venir et je lui laissais ma plus grosse déchirure. J’étais jeune mais surtout très con. Pardon, j’espère que tout va bien pour toi.

(à suivre…)

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