« Changing Paradigms », ou le bordel de notre Education.

Ce texte est une reprise d’une série de tweet que j’ai posté plus tôt dans l’après midi, il peut être redondant pour certains.


En général, après les cours je vais traîner sur Internet. C’est normal, me direz-vous, tout le monde le fait. Et comme bien des gens ici, je me sers de ça pour apprendre des choses, pour m’enrichir de connaissances supplémentaires et variées, à partir de reportages ou de témoignages d’autres personnes. Je m’enrichis des expériences que les autres veulent bien partager avec nous à travers le web. Parmi les sites que je fréquente, il y a entre autre Madmoizelle.com. Sans être d’accord avec tout que cette rédaction publie, elle me permet tout de même de réfléchir à plusieurs sujets qui ne me viendrait pas forcément à l’esprit de moi-même, de m’intéresser à des choses dont, si le hasard n’avait pas joué de sa baguette pour me mettre devant Twitter au moment où le compte du site relayait justement l’information, j’aurai pu ne jamais entendre parler.

A cause de Madmoizelle, donc , je suis tombé moi aussi sur cette vidéo de Sir Ken Robinson, intitulée Changing Paradigms, et qui est ici doublée en français. Et plusieurs points m’ont fait tiqué dans cette vidéo. Dans son ensemble, elle vient poser les bases d’une réflexion sur la justesse relative du système éducatif [dans les sociétés occidentales] de manière globale.
Sir Kenneth Robinson est un auteur anglais, orateur et expert en éducation internationalement reconnu pour ses interventions en faveur du développement de la créativité et de l’innovation. (Source Wiki). Il a à son compte un certain nombre d’ouvrage portant sur l’éducation, et participe également aux conférences TED, d’où est issu originellement la vidéo ( si le sujet de l’éducation vous intéresse, je vous encourage à aller regarde ses autres interventions par ici)

Dans Changing Paradigms, Sir Ken Robinson remet en question l’efficacité du système d’éducation que l’on peut rencontrer actuellement dans les pays ayant connu leur Révolution Industrielle. Il développe l’idée que « le système d’éducation actuel a été fondé, organisé et organisé à une autre époque » (Les Lumières) afin de faire prospérer l’Industrie et l’Économie. Depuis, le monde a changé, et ce ne sont plus les pilliers principaux qui forment nos sociétés actuelles, seulement, et la vidéo le démontre bien, l’éducation n’a pas suivi le changement et se retrouve maintenant déphasée avec ses participants.

Une partie de la video explique que le système d’éducation actuel, répond aux mêmes caractéristiques et objectifs que l’Industrie, et amène, en bout de ligne, à compartimenter les « participants » au système en deux catégories : ceux qui y rentre, et pour qui le système est efficace, et les autres que le système va alors délaisser, entraînant une dévalorisation sociale de la part des premiers. Mon cerveau et ses multiples associations d’idées s’est alors réveillé en se disant qu’il connaissait ce principe, qu’il n’était pas sorti de nul part et qu’il n’était pas non plus irréel. Pour être honnête, cette idée de compartimenter les individus en fonction de ceux à qui le système correspond et les autres me fait penser au film « Divergente ».
Personnellement, et après re-visionnage, je trouve ce film bourré de défauts multiples que je n’exprimerai pas ici. Cependant, il met grossièrement et maladroitement en avant une réflexion commune avec Sir Ken Robinson : notre société moderne nous demande de choisir constamment des cases, des étiquettes auxquelles nous pourrions répondre et nous conformer. On nous demande de trouver notre place dans la société en nous introduisant dans la case qui nous correspond le plus. C’est pour cela qu’on a créé les différents secteurs de travail, dans un premier temps puis les filières de l’Education Secondaire ensuite – filières qui bien entendue répondent aux Secteurs puisqu’elles visent à former les futurs travailleurs.
C’est un système qui, dans l’absolu, fonctionne. « Dans l’absolu » car un certain nombre de personnes, de l’enfance à la vie adulte en passant par l’adolescence, n’y rentrent pas, ou plus après un certain temps. Ces personnes connaissent des difficultés scolaires ou dans leur vie active car elles ont du mal à se reconnaître dans ce système. Du point de vue de ce dernier, qui est celui qui gère le monde actuel, elles sont alors en marges, ou mise en marge de la société. En anglais, on dirait « They don’t fit in » ce qui se traduit vraiment par « Ils ne rentrent pas [dans le moule social]« . Pourtant, to fit, veut aussi dire « aller », dans le sens aller bien, comme pour un vêtement. Car c’est ce qui est réellement demandé : porter sur nous le Vêtement de la société, un Vêtement pré-conçu sur une machine et, réfléchi selon un modèle, et standardisé.

Certains s’y accommodent, et le porte bien. Tant mieux pour eux, je n’émets là aucun jugement. Mais d’autres, en revanche, ne le portent pas bien et/ou ne le supportent. Soit parce que le Vêtement ne leur va pas du tout, soit parce qu’ils ne s’y sentent pas à l’aise. Dans les deux cas, on leur demande quand même de porter ce Vêtement, de rentrer dans le moule, de faire des efforts et de se forcer à y vivre. Face à une telle demande, il peut y avoir deux réactions : ceux qui gardent ce Vêtement informe/inconfortable, et ceux qui l’enlèvent.

Chez ceux qui l’auront gardé, on constate souvent qu’ils ne sont « pas biens dans leurs baskets », qu’ils essayent de se conformer au modèle demandé mais qu’ils n’y arrivent pas. Leur malaise est pourtant clairement visible mais on leur demande de se taire pour ne pas déranger et rien n’est fait pour eux. A quoi bon ? ce ne sont que des marginaux, ils sont trop peu nombreux, ça n’est pas rentable à se sentir bien dans leur Vêtement, ça n’est qu’une perte de temps (et donc d’argent). Alors, ils se plient à ce qu’on leur demande. Ils se conforment contre leur gré, en reniant une partie de ce qu’ils sont, de leur mode de fonctionnement. Tout un tas de petites choses qu’ils doivent changer pour alors devenir « normal », soit conforme au modèle. Comme lorsqu’il était demandé aux gauchers de se forcer à écrire de la main droite parce qu’on n’écrivait pas de la main gauche ! Alors ils y arrivent, certes, mais pas autant que les autres, pas autant que les droitiers de naissance, pas autant que ceux à qui le Vêtement va. Et malgré tous leurs efforts, la douleur pesant sur leur épaules, ils ne seront jugés que pour leur résultats, moins bons aux yeux du système que les autres, différents de ceux des autres.
Qu’y a-t-il d’intéressant à travailler plus dur que le reste pour satisfaire autrui pour au final n’avoir que piètre reconnaissance ? Pense-t-on vraiment à les récompenser à leur juste valeur ? Ces personnes, qui n’ont jamais demandé à ne pas se sentir bien, à ne pas se reconnaître dans le système, font des efforts incommensurables, surhumains pour eux même, et n’obtiennent rien en retour si ce n’est reproches, condescendance, paternalisme et mépris. Voilà qui vaut le coup. Ce sont des idiots, des fainéants, des ratés, des immatures… . Tout un vocabulaire se construit alors pour les définir et parmi ces mots, rare, voire inexistant sont ceux qui viennent les valoriser.
Einstein lui-même avait compris cette idée. Il a dit une des plus belles choses que je n’ai jamais entendue de ma vie : « Tout le monde est un génie ; mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. » La société demande à des gens d’être et de faire ce que leur nature propre ne leur permet pas.

Mais revenons-en à ceux qui décident d’enlever ce Vêtement standard de la société. Ils ont en mains les mêmes solutions que ceux qui le gardent, soit rien d’autre que ce Vêtement informe et inconfortable. Alors ils doivent vivre sans. vivre nu dans une humanité où il faut porter le Vêtement. Ils deviennent alors ceux que la société aimeraient voir disparaître, qui polluent car ils sont visuellement différents, ceux qui dérangent. Pour en revenir à la comparaison avec Divergente, ils deviennent les « Sans factions ».

Ils doivent apprendre à vivre en sachant que quoiqu’ils fassent, qui qu’ils soient, ils ne seront jamais intégrés dans la société. Alors oui ils ont certes choisi de vivre avec ça, avec ce poids. Mais le réel problème n’est pas tant de vivre avec ce poids que l’existence du poids en lui-même. Et c’est en ça que le système éducatif qui fonctionne aujourd’hui, qui est celui qui pose les bases de notre société, de ses membres et de ses injustices revêt alors un caractère oppressifs pour ceux qui ne peuvent y prendre part en toute quiétude.

Au final, pour ceux qui gardent le Vêtement et ceux qui l’enlèvent, la société ne leur offrira pas d’autre alternative que le pli ou le silence. Une demande implicite se fait à travers les réprimandes qu’on a pu connaître au cours d’une scolarité : Il faut « bien travailler » et « bien se tenir » et « être sage » et « avoir son diplôme » et « trouver un travail », « se poser », etc. Ces ordres, qui parfois sont dit comme des conseils dans la bouche d’ignorants ou de maladroits résonne comme une épée de Damoclès pour ceux qui ne peuvent s’y plier : « Sois comme les autres ou ne le dit pas ! Ne nous le montre pas, ne cherche pas à être ce que te cries ta nature et si tu choisis de le faire et d’être ce que tu ressens alors ce que cela va à l’encontre du  »modèle », fais le loin de moi. Ou alors accepte mon jugement de valeur, accepte mes critiques, ma validation perpétuelle alors que tu n’as demandé qu’à vivre ta vie paisiblement ».
Toutes ces remarques, des personnes les entendent tous les jours, en souffrent tous les jours. Elles viennent de la bouche de ceux qui ne font plus que croire au système mais qui ne jurent que par lui, et qui sont incapables de concevoir autre chose. Pourtant, dans le monde tel qu’il est actuellement, un monde où l’Internet a fait exploser les frontières entre les pays, les cultures et avancer les libertés je crois profondément que chacun doit pouvoir être la personne qu’il a envie d’être, et que rien ni personne n’a de droit fondé d’intervenir.


Maintenant que vous êtes arrivés à la fin de ce texte, je vous propose de faire un petit exercice de réflexion : reprenez le texte et remplacez-le dans d’autres contextes que l’éducation. Je vous propose quelques pistes : le racisme, l’homophobie, le sexisme.
Vous ne remarquez rien ? Les problématiques sont sensiblement les mêmes, et les réactions aussi. C’est parce que ce sont trois maux qui découlent d’une défaillance dans l’éducation sociétale actuelle. Vous savez ? Celle conçue dans un autre temps, et qui ne correspond plus vraiment à ceux qui en profitent.

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