Chroniques de la Solitude : J’abandonne

« Bon, J’abandonne. Adios. »…

 

Je viens juste de recevoir ce message. Je l’ai reçu parce que je n’ai pas su faire, parce que je n’ai pas su penser à lui comme il aurait fallu. Parce que je n’y pense qu’à des moments où il m’est impossible de lui dire, que je reporte ma réponse pour mieux l’oublier en fin de course.
Ceci est l’histoire d’une personne qui n’a jamais su aimer correctement, et qui ne sait si un jour elle aimera vraiment. Cette histoire, c’est la mienne, c’est celle de cet inconnu qui attend à l’arrêt de bus, celle de cette femme qui lit son livre dans le train, celle de cet adolescent qui rêvasse à la fenêtre du train. Cette histoire est aussi la votre mais elle n’appartient à personne.

 

Tout a commencé le jour où rien ne s’est mis en marche. Au commencement, rien ne commença et la vie poursuivit son court comme le vent pousse les nuages. J’ai pris contact avec lui, on a discuté, on a ri, du moins on se le laisser croire. Je ne l’avais jamais vu ni entendu. Tout était écrit dans mon téléphone. Tout sauf que j’allais encore tout foirer. Ça c’était inscrit dans mon cœur mais je ne voulais pas le lire. Pas cette fois, pas ce soir.
J’ai gravé cette inscription avec des blessures. Non pas celles que j’ai pu recevoir mais celles que j’ai laissé derrière moi. Je suis un être fait de chair et de sang mais qui ne sait vivre que dans la pierre de mon cœur. Je ne sais pas de quelle pierre elle est faite mais elle est trop solide pour être brisée, trop belle pour être exposée à la vue de tous, trop tranchante pour que l’on puisse s’en approcher sans y laisser ses plumes.

On s’est vu, puis on s’est revu pour ne plus jamais se revoir. Il m’écrivait, je lui répondais. Puis j’ai oublié, une fois puis d’autres. Au final je n’ai jamais répondu. J’y pensais tout le temps mais la peur de refaire les mêmes erreurs me bloquait. Puisque je sais que ça ne durera jamais toute ma vie, pourquoi me donner cette peine ?.
Il y avait pourtant tout pour réussir, du moins au premier abord. On riait, il me plaisait, je lui plaisais. C’était bien parti. Il disait vouloir me revoir, j’étais d’accord. Nous nous sommes retrouvés la veille de son anniversaire au soir. Nous avions prévu de passer la soirée ensemble, à traîner près du château, puis aller faire un tour à la mer. J’ai proposé d’assister au départ du dernier ferry pour l’Angleterre depuis le bout de la jetée ; c’était un de mes petits plaisirs personnels. Ce fût foireux. Le ferry avait du retard, on commençait à se les cailler sévèrement. Et quand nous avions commencé à repartir, à peu près à mi chemin de la plage, nous avons entendu le bateau partir, alors nous avons couru jusqu’à la jetée pour le voir filer à travers la nuit, brillant de milles feux. On en riait, de notre malheur. On a finit par aller à un autre point de bord de mer, là où tu voulais cette fois, un endroit qui t’étais spécial. C’était un ponton de bois qui surplombait la mer sur une petite centaine de mettre, à une vingtaine de kilomètre de là. C’était « vraiment cool », tu voulais du romantisme pour ton anniversaire, je t’ai offert un baiser.

En rentrant, tu m’as dit avoir passé le meilleur anniversaire de ta vie. Tu avais des projets en tête, moi je n’avais rien. Je profitais juste du moment présent, de toi à mes côtés pour ne pas penser. Mais je ne t’ai jamais rien dit de tout ça. Je ne t’ai jamais parlé de moi, de qui j’étais, de ce que j’étais et ce que j’avais. Je n’en parle pas, je laisse découvrir. Mais ça j’aurai du t’en parler. J’aurai du te dire que je n’étais pas la personne que tu croyais, que sans être quelqu’un de méchant, je blessais facilement, brillant par mon absence. J’aurais du te dire que je ne savais pas entretenir une relation, que je ne savais pas penser aux autres, leur dire que je le faisais. J’aurai du te dire qui j’étais.

 

Aujourd’hui mon silence t’a libéré car j’ai renoncé à choisir, à faire des efforts, à blesser par inadvertance. Tu abandonnes car tu ne veux pas m’attendre éternellement. Tu as raison, je ne peux rien te reprocher. Je n’ai même pas de jugement à porter sur ta décision car je la sais bonne. Pour toi comme pour moi.

Tu abandonnes et moi aussi. J’abandonne l’idée de changer ce que je n’arrive pas à changer. J’abandonne l’idée de pouvoir être ce que je ne suis pas. J’abandonne car je ne suis pas fait pour toi, ni toi, ni lui, ni aucun d’entre vous, encore moins aucun d’entre nous.

Publicités
Cet article, publié dans Chroniques de la Solitude, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s