« Suis-je vrai ? » et la valse du clavier

Suis-je vrai ?

Suis-je un être capable de vérité dans ce monde où je ne vois que faux-semblants et constructions hasardeuses ? Comment puis-je affirmer la véracité de mon être lorsque son sens profond m’échappe complètement ? Un jour je serais ainsi, puis le lendemain, en fonction des circonstances je serais différent. Pourtant je n’ai pas l’impression de mentir ; je ne crois pas et n’ai pas la prétention de vouloir tromper délibérément. Et pourtant c’est le message qu’on me renvoie fréquemment.

« Mais pourquoi tu ne peux pas être franc pour une fois ? »

Mais je le suis toutes les fois.

Je suis fidèle à ce que je sais, et ce que je ne sais pas. Je passe ma vie à apprendre alors ce que je sais évolue forcément. Donc je crois en de nouvelles choses. Aie-je menti pour autant lorsque j’affirmais autre chose ? Non. C’était tout aussi vrai. Chaque fois, chaque phrase et chaque mots sont ponctués de la vérité qui vient du cœur. Mais le cœur n’est pas soumis aux même règles que nous, tu sais. Le cœur, c’est ce truc lourd qui pèse au creux de ta poitrine, celui qui frappe à la porte quand tu aimerais t’oublier. Le cœur n’est pas figé. C’est un élément fluide qui nous glisse entre les doigts alors que nous tentons désespérément de le mettre en cage, de l’accrocher au mur comme un trophée, ou de le passer autours d’un doigt.

Mais le cœur n’est pas figé. Le cœur est fluide et différent à chaque seconde. En est-il faux pour autant ? Personne ne le sait. Ou personne ne le dit. Et moi dans tout ça ? Moi qui suis fluide, amovible, impalpable et inconstant. Suis-je réellement faux ? Quand je crois avoir enfin cerner qui je suis, je me transforme. Je rencontre de nouveaux éléments qui viennent changer mon regard et mon jugement. Je ne me pense pas faux pour autant. Je suis, je le crois, un être de vérité au même titre que les autres. Seulement ma vérité, je ne l’ai pas mise entre des lignes ou des barreaux. Ma vérité je la laisse s’envoler au gré du vent, au gré d’un sourire ou d’une larme. Ce n’est pas cet objet précieux que je vais cacher pour le protéger. C’est cet objet tout aussi précieux que je vais mettre à la vue de tous parce que j’en suis fier, parce que j’en suis heureux.

Suis-je vrai ? Je n’en sais rien. Comme toujours, je dirais, alors avachi sur le comptoir de mon bar préféré, que la vérité est une norme, et je poserai alors la question honnie « Mais qu’est-ce que la norme ? » Qu’est-ce que la norme, putain ? Quel est ce truc qui doit régir nos vies sans qu’on puisse avoir le choix de choisir ? La norme c’est ce truc lourd au creux de ta tête. Celui qui est dur à porter quand ton cœur te dit le contraire. La norme, pourtant, c’est aussi le cœur. C’est aussi la vérité, la tienne, la mienne, la leur. Peu importe. On s’en fout.

Je n’ai pas de réponse à cette question. Comme toujours elle m’amène à plus de questionnements que de solutions. Alors que je laisse mes doigts danser sur mon clavier, mes neurones dansent sur une mélodie différente. Comment pourrais-je pondre quelque chose de construit et de cohérent quand mon point de départ était une question ouverte à laquelle je n’ai pas la réponse ? Quand bien même, je crois que je n’aurai pas envie de répondre.

Suis-je vrai ? Je m’en fous. Sommes-nous vrai ? Qui cela intéresse-t-il si ce n’est ceux qui n’ont d’autre vie que celles des autres ? A quoi bon leur répondre si c’est pour qu’ils ne comprennent pas ? On s’en fout, c’est la seule bonne réponse à une telle question. Reprend du café, ou un croissant ! Ferme les yeux et va au pays de Morphée, ou au boulot ça n’a pas d’importance. Oui… tant qu’on saisit sa vie, on s’en fout.

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« Changing Paradigms », ou le bordel de notre Education.

Ce texte est une reprise d’une série de tweet que j’ai posté plus tôt dans l’après midi, il peut être redondant pour certains.


En général, après les cours je vais traîner sur Internet. C’est normal, me direz-vous, tout le monde le fait. Et comme bien des gens ici, je me sers de ça pour apprendre des choses, pour m’enrichir de connaissances supplémentaires et variées, à partir de reportages ou de témoignages d’autres personnes. Je m’enrichis des expériences que les autres veulent bien partager avec nous à travers le web. Parmi les sites que je fréquente, il y a entre autre Madmoizelle.com. Sans être d’accord avec tout que cette rédaction publie, elle me permet tout de même de réfléchir à plusieurs sujets qui ne me viendrait pas forcément à l’esprit de moi-même, de m’intéresser à des choses dont, si le hasard n’avait pas joué de sa baguette pour me mettre devant Twitter au moment où le compte du site relayait justement l’information, j’aurai pu ne jamais entendre parler.

A cause de Madmoizelle, donc , je suis tombé moi aussi sur cette vidéo de Sir Ken Robinson, intitulée Changing Paradigms, et qui est ici doublée en français. Et plusieurs points m’ont fait tiqué dans cette vidéo. Dans son ensemble, elle vient poser les bases d’une réflexion sur la justesse relative du système éducatif [dans les sociétés occidentales] de manière globale.
Sir Kenneth Robinson est un auteur anglais, orateur et expert en éducation internationalement reconnu pour ses interventions en faveur du développement de la créativité et de l’innovation. (Source Wiki). Il a à son compte un certain nombre d’ouvrage portant sur l’éducation, et participe également aux conférences TED, d’où est issu originellement la vidéo ( si le sujet de l’éducation vous intéresse, je vous encourage à aller regarde ses autres interventions par ici)

Dans Changing Paradigms, Sir Ken Robinson remet en question l’efficacité du système d’éducation que l’on peut rencontrer actuellement dans les pays ayant connu leur Révolution Industrielle. Il développe l’idée que « le système d’éducation actuel a été fondé, organisé et organisé à une autre époque » (Les Lumières) afin de faire prospérer l’Industrie et l’Économie. Depuis, le monde a changé, et ce ne sont plus les pilliers principaux qui forment nos sociétés actuelles, seulement, et la vidéo le démontre bien, l’éducation n’a pas suivi le changement et se retrouve maintenant déphasée avec ses participants.

Une partie de la video explique que le système d’éducation actuel, répond aux mêmes caractéristiques et objectifs que l’Industrie, et amène, en bout de ligne, à compartimenter les « participants » au système en deux catégories : ceux qui y rentre, et pour qui le système est efficace, et les autres que le système va alors délaisser, entraînant une dévalorisation sociale de la part des premiers. Mon cerveau et ses multiples associations d’idées s’est alors réveillé en se disant qu’il connaissait ce principe, qu’il n’était pas sorti de nul part et qu’il n’était pas non plus irréel. Pour être honnête, cette idée de compartimenter les individus en fonction de ceux à qui le système correspond et les autres me fait penser au film « Divergente ».
Personnellement, et après re-visionnage, je trouve ce film bourré de défauts multiples que je n’exprimerai pas ici. Cependant, il met grossièrement et maladroitement en avant une réflexion commune avec Sir Ken Robinson : notre société moderne nous demande de choisir constamment des cases, des étiquettes auxquelles nous pourrions répondre et nous conformer. On nous demande de trouver notre place dans la société en nous introduisant dans la case qui nous correspond le plus. C’est pour cela qu’on a créé les différents secteurs de travail, dans un premier temps puis les filières de l’Education Secondaire ensuite – filières qui bien entendue répondent aux Secteurs puisqu’elles visent à former les futurs travailleurs.
C’est un système qui, dans l’absolu, fonctionne. « Dans l’absolu » car un certain nombre de personnes, de l’enfance à la vie adulte en passant par l’adolescence, n’y rentrent pas, ou plus après un certain temps. Ces personnes connaissent des difficultés scolaires ou dans leur vie active car elles ont du mal à se reconnaître dans ce système. Du point de vue de ce dernier, qui est celui qui gère le monde actuel, elles sont alors en marges, ou mise en marge de la société. En anglais, on dirait « They don’t fit in » ce qui se traduit vraiment par « Ils ne rentrent pas [dans le moule social]« . Pourtant, to fit, veut aussi dire « aller », dans le sens aller bien, comme pour un vêtement. Car c’est ce qui est réellement demandé : porter sur nous le Vêtement de la société, un Vêtement pré-conçu sur une machine et, réfléchi selon un modèle, et standardisé.

Certains s’y accommodent, et le porte bien. Tant mieux pour eux, je n’émets là aucun jugement. Mais d’autres, en revanche, ne le portent pas bien et/ou ne le supportent. Soit parce que le Vêtement ne leur va pas du tout, soit parce qu’ils ne s’y sentent pas à l’aise. Dans les deux cas, on leur demande quand même de porter ce Vêtement, de rentrer dans le moule, de faire des efforts et de se forcer à y vivre. Face à une telle demande, il peut y avoir deux réactions : ceux qui gardent ce Vêtement informe/inconfortable, et ceux qui l’enlèvent.

Chez ceux qui l’auront gardé, on constate souvent qu’ils ne sont « pas biens dans leurs baskets », qu’ils essayent de se conformer au modèle demandé mais qu’ils n’y arrivent pas. Leur malaise est pourtant clairement visible mais on leur demande de se taire pour ne pas déranger et rien n’est fait pour eux. A quoi bon ? ce ne sont que des marginaux, ils sont trop peu nombreux, ça n’est pas rentable à se sentir bien dans leur Vêtement, ça n’est qu’une perte de temps (et donc d’argent). Alors, ils se plient à ce qu’on leur demande. Ils se conforment contre leur gré, en reniant une partie de ce qu’ils sont, de leur mode de fonctionnement. Tout un tas de petites choses qu’ils doivent changer pour alors devenir « normal », soit conforme au modèle. Comme lorsqu’il était demandé aux gauchers de se forcer à écrire de la main droite parce qu’on n’écrivait pas de la main gauche ! Alors ils y arrivent, certes, mais pas autant que les autres, pas autant que les droitiers de naissance, pas autant que ceux à qui le Vêtement va. Et malgré tous leurs efforts, la douleur pesant sur leur épaules, ils ne seront jugés que pour leur résultats, moins bons aux yeux du système que les autres, différents de ceux des autres.
Qu’y a-t-il d’intéressant à travailler plus dur que le reste pour satisfaire autrui pour au final n’avoir que piètre reconnaissance ? Pense-t-on vraiment à les récompenser à leur juste valeur ? Ces personnes, qui n’ont jamais demandé à ne pas se sentir bien, à ne pas se reconnaître dans le système, font des efforts incommensurables, surhumains pour eux même, et n’obtiennent rien en retour si ce n’est reproches, condescendance, paternalisme et mépris. Voilà qui vaut le coup. Ce sont des idiots, des fainéants, des ratés, des immatures… . Tout un vocabulaire se construit alors pour les définir et parmi ces mots, rare, voire inexistant sont ceux qui viennent les valoriser.
Einstein lui-même avait compris cette idée. Il a dit une des plus belles choses que je n’ai jamais entendue de ma vie : « Tout le monde est un génie ; mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. » La société demande à des gens d’être et de faire ce que leur nature propre ne leur permet pas.

Mais revenons-en à ceux qui décident d’enlever ce Vêtement standard de la société. Ils ont en mains les mêmes solutions que ceux qui le gardent, soit rien d’autre que ce Vêtement informe et inconfortable. Alors ils doivent vivre sans. vivre nu dans une humanité où il faut porter le Vêtement. Ils deviennent alors ceux que la société aimeraient voir disparaître, qui polluent car ils sont visuellement différents, ceux qui dérangent. Pour en revenir à la comparaison avec Divergente, ils deviennent les « Sans factions ».

Ils doivent apprendre à vivre en sachant que quoiqu’ils fassent, qui qu’ils soient, ils ne seront jamais intégrés dans la société. Alors oui ils ont certes choisi de vivre avec ça, avec ce poids. Mais le réel problème n’est pas tant de vivre avec ce poids que l’existence du poids en lui-même. Et c’est en ça que le système éducatif qui fonctionne aujourd’hui, qui est celui qui pose les bases de notre société, de ses membres et de ses injustices revêt alors un caractère oppressifs pour ceux qui ne peuvent y prendre part en toute quiétude.

Au final, pour ceux qui gardent le Vêtement et ceux qui l’enlèvent, la société ne leur offrira pas d’autre alternative que le pli ou le silence. Une demande implicite se fait à travers les réprimandes qu’on a pu connaître au cours d’une scolarité : Il faut « bien travailler » et « bien se tenir » et « être sage » et « avoir son diplôme » et « trouver un travail », « se poser », etc. Ces ordres, qui parfois sont dit comme des conseils dans la bouche d’ignorants ou de maladroits résonne comme une épée de Damoclès pour ceux qui ne peuvent s’y plier : « Sois comme les autres ou ne le dit pas ! Ne nous le montre pas, ne cherche pas à être ce que te cries ta nature et si tu choisis de le faire et d’être ce que tu ressens alors ce que cela va à l’encontre du  »modèle », fais le loin de moi. Ou alors accepte mon jugement de valeur, accepte mes critiques, ma validation perpétuelle alors que tu n’as demandé qu’à vivre ta vie paisiblement ».
Toutes ces remarques, des personnes les entendent tous les jours, en souffrent tous les jours. Elles viennent de la bouche de ceux qui ne font plus que croire au système mais qui ne jurent que par lui, et qui sont incapables de concevoir autre chose. Pourtant, dans le monde tel qu’il est actuellement, un monde où l’Internet a fait exploser les frontières entre les pays, les cultures et avancer les libertés je crois profondément que chacun doit pouvoir être la personne qu’il a envie d’être, et que rien ni personne n’a de droit fondé d’intervenir.


Maintenant que vous êtes arrivés à la fin de ce texte, je vous propose de faire un petit exercice de réflexion : reprenez le texte et remplacez-le dans d’autres contextes que l’éducation. Je vous propose quelques pistes : le racisme, l’homophobie, le sexisme.
Vous ne remarquez rien ? Les problématiques sont sensiblement les mêmes, et les réactions aussi. C’est parce que ce sont trois maux qui découlent d’une défaillance dans l’éducation sociétale actuelle. Vous savez ? Celle conçue dans un autre temps, et qui ne correspond plus vraiment à ceux qui en profitent.

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Où es-tu, Justice ?

Où est-ce qu’elle est la Justice ? Où est-elle quand je vois que des milliers de jeunes naissent le cul bordé de nouilles alors que d’autres crèvent la misère toute leur vie ? Ou est-elle quand à certains leur est donné tout ce dont ils ont besoin pour s’épanouir dans ce qu’ils aiment sans limites alors que j’ai dû renoncer à des études qui me plaisaient pour des études qui « marchent » et qui me promettent un « avenir » brillant, au minimum correct ?
Où es-tu, Justice, quand j’aimerai pouvoir m’approfondir dans ce qui me plaît mais que je dois mettre tout ça de côté pour me créer un bagage socio-culturel conséquent pour faire un boulot qui ne me plaira pas plus que ça, qui ne me correspondra qu’à moitié ?

Une moitié c’est déjà pas mal, mais ça n’est pas moi. Pas complètement. Et je pourrais bien me plaire dans les études linguistiques, dans les différentes cultures que je toucherai. Je ne serai jamais réellement moi qu’en partie. Une partie épanouie pour une autre qui se meure mais qu’on doit taire.
Je pars de rien dans la vie. Je n’ai pas d’argent, pas de pistons pour mes boulots, pas de voie toute tracée. Je n’ai en main que ma peau et mes empreintes digitales et je dois construire une vie avec. C’est à moi de trouver la matière à façonner, le plan à suivre, la maison à construire.
Au final, tout n’est qu’une question d’argent. Tout n’est qu’argent car la société dans laquelle je m’ancre ne parle que de ça, ne tourne qu’autours de ça. Je n’ai rien, je dois donc m’acharner à la tâche pour avoir. Mais qu’en est-il de ceux qui eux naissent dans un monde où ils ont tout.

Ils disposent de tous les moyens qui leurs sont nécessaire à la poursuite de leur rêve. Ils n’ont plus de limite que leur Imagination qu’ils peuvent alors travailler à foison.

J’ai mon imagination aussi, elle travaille à foison également. Seulement elle le fait dans son coin, elle est ignorée parce que je n’ai pas le temps de m’en occuper. Je dois survivre, socialement, scolairement, financièrement. Je dispose pour barrières clôturant mon chemin la Vie elle-même. Et parce que je dois y penser, et parce que je dois tout faire pour survivre sur ma route, je ne peux m’épanouir pleinement.

Aujourd’hui je survis pour avancer tant bien que mal avec les moyens qui me sont donnés. Mais cela signifie que je sacrifie une partie de moi-même à la réussite de cet acte.
Je parle de moi et je parle avec mon amertume, mais je ne suis pas le seul, je le sais bien. Je ne suis pas seul, mais nous ne sommes pas tout le monde. Où est-elle donc, la Justice, dans cette histoire ? Où est-elle passée dans mon Histoire ?

 

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[Message de Service]

Bonjour à vous, derrière vos écrans qui avez atterri ici.

Si vous êtes déjà venu sur ce blog, merci d’être revenu. Si c’est votre première fois parmi nous, bienvenue.

Ceci est un petit message dont la taille peut-être inversement proportionnelle à son importance
(en bref : petit message, big news)

J’ai donc décidé de changer ma politique de publication quant au type de publication que je vais faire.
Dorénavant, je vais donc publier ici des post relatant des histoires vraies, que j’ai pu vivre ou non ainsi que des fictions. Cependant, et j’essayerai de ne pas trop me trahir, je ne donnerai aucun indice sur ce qui est vrai ou non. C’est désormais à vous de vous faire votre propre opinion sur ce qui est posté. 

Je vous souhaite donc une bonne journée et, comme le disait très bien Valérie Giscard d’Estaing : Au revoir.

Jibey

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Chroniques de la Solitude : J’abandonne

« Bon, J’abandonne. Adios. »…

 

Je viens juste de recevoir ce message. Je l’ai reçu parce que je n’ai pas su faire, parce que je n’ai pas su penser à lui comme il aurait fallu. Parce que je n’y pense qu’à des moments où il m’est impossible de lui dire, que je reporte ma réponse pour mieux l’oublier en fin de course.
Ceci est l’histoire d’une personne qui n’a jamais su aimer correctement, et qui ne sait si un jour elle aimera vraiment. Cette histoire, c’est la mienne, c’est celle de cet inconnu qui attend à l’arrêt de bus, celle de cette femme qui lit son livre dans le train, celle de cet adolescent qui rêvasse à la fenêtre du train. Cette histoire est aussi la votre mais elle n’appartient à personne.

 

Tout a commencé le jour où rien ne s’est mis en marche. Au commencement, rien ne commença et la vie poursuivit son court comme le vent pousse les nuages. J’ai pris contact avec lui, on a discuté, on a ri, du moins on se le laisser croire. Je ne l’avais jamais vu ni entendu. Tout était écrit dans mon téléphone. Tout sauf que j’allais encore tout foirer. Ça c’était inscrit dans mon cœur mais je ne voulais pas le lire. Pas cette fois, pas ce soir.
J’ai gravé cette inscription avec des blessures. Non pas celles que j’ai pu recevoir mais celles que j’ai laissé derrière moi. Je suis un être fait de chair et de sang mais qui ne sait vivre que dans la pierre de mon cœur. Je ne sais pas de quelle pierre elle est faite mais elle est trop solide pour être brisée, trop belle pour être exposée à la vue de tous, trop tranchante pour que l’on puisse s’en approcher sans y laisser ses plumes.

On s’est vu, puis on s’est revu pour ne plus jamais se revoir. Il m’écrivait, je lui répondais. Puis j’ai oublié, une fois puis d’autres. Au final je n’ai jamais répondu. J’y pensais tout le temps mais la peur de refaire les mêmes erreurs me bloquait. Puisque je sais que ça ne durera jamais toute ma vie, pourquoi me donner cette peine ?.
Il y avait pourtant tout pour réussir, du moins au premier abord. On riait, il me plaisait, je lui plaisais. C’était bien parti. Il disait vouloir me revoir, j’étais d’accord. Nous nous sommes retrouvés la veille de son anniversaire au soir. Nous avions prévu de passer la soirée ensemble, à traîner près du château, puis aller faire un tour à la mer. J’ai proposé d’assister au départ du dernier ferry pour l’Angleterre depuis le bout de la jetée ; c’était un de mes petits plaisirs personnels. Ce fût foireux. Le ferry avait du retard, on commençait à se les cailler sévèrement. Et quand nous avions commencé à repartir, à peu près à mi chemin de la plage, nous avons entendu le bateau partir, alors nous avons couru jusqu’à la jetée pour le voir filer à travers la nuit, brillant de milles feux. On en riait, de notre malheur. On a finit par aller à un autre point de bord de mer, là où tu voulais cette fois, un endroit qui t’étais spécial. C’était un ponton de bois qui surplombait la mer sur une petite centaine de mettre, à une vingtaine de kilomètre de là. C’était « vraiment cool », tu voulais du romantisme pour ton anniversaire, je t’ai offert un baiser.

En rentrant, tu m’as dit avoir passé le meilleur anniversaire de ta vie. Tu avais des projets en tête, moi je n’avais rien. Je profitais juste du moment présent, de toi à mes côtés pour ne pas penser. Mais je ne t’ai jamais rien dit de tout ça. Je ne t’ai jamais parlé de moi, de qui j’étais, de ce que j’étais et ce que j’avais. Je n’en parle pas, je laisse découvrir. Mais ça j’aurai du t’en parler. J’aurai du te dire que je n’étais pas la personne que tu croyais, que sans être quelqu’un de méchant, je blessais facilement, brillant par mon absence. J’aurais du te dire que je ne savais pas entretenir une relation, que je ne savais pas penser aux autres, leur dire que je le faisais. J’aurai du te dire qui j’étais.

 

Aujourd’hui mon silence t’a libéré car j’ai renoncé à choisir, à faire des efforts, à blesser par inadvertance. Tu abandonnes car tu ne veux pas m’attendre éternellement. Tu as raison, je ne peux rien te reprocher. Je n’ai même pas de jugement à porter sur ta décision car je la sais bonne. Pour toi comme pour moi.

Tu abandonnes et moi aussi. J’abandonne l’idée de changer ce que je n’arrive pas à changer. J’abandonne l’idée de pouvoir être ce que je ne suis pas. J’abandonne car je ne suis pas fait pour toi, ni toi, ni lui, ni aucun d’entre vous, encore moins aucun d’entre nous.

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Chroniques de la Solitude : La routine du Café, Clope, PC un soir de clair de lune.

Je suis las, affalé dans mon canapé avec pour seule compagnie, mon ordinateur agonisant. La soirée s’est encore allongée de manière improbable. Je suis las, affalé dans le canapé, la dernière cigarette à la main. C’est un schéma que je maîtrise maintenant, cela fait des mois que je le vis presque tous les soirs.

Je suis las, affalé dans mon canapé, je tire une dernière taffe.
La cendres menaces de tomber je ne peux me résoudre à la laisser faire. Elle grandit au fur et à mesure que le tabac se consume. Je regarde les effluves de la fumée danser sous mes yeux comme si c’était le dernier ballet de Noureev. Ça elle se consume trop vite. Je sens déjà le goût amer du filtre attaquer mes papilles.
C’est bientôt la fin et pourtant je peux me résoudre a l’écraser. Le mégot finit par crépiter dans mon café où il y meure. J’ai l’impression de vivre un vieux film d’auteur français en boucle dont la fin n’est pas écrite et reste improbable.
Je suis las, affalé dans mon canapé, seul. Et j’ai même plus de clopes… .

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Retour en arrière

Du fait du travail de mon père, j’ai beaucoup déménagé quand j’étais plus jeune. Trop sans doute pour le gosse que j’étais ; celui pas très stable, dont les repères étaient plus physiques que sociaux. J’ai beaucoup déménagé et à chaque fois j’ai eu l’impression d’oublier quelque chose, de laisser une partie de moi derrière.

Je ne me souviens pas de m’être retourné une seule fois avant de partir, quelque fut le départ. Je regardais devant moi, sans pouvoir, encore moins vouloir tourner la tête. Mais si je l’avais fait, si j’avais posé mon regard par dessus mon épaule et non par dessus celle de ma mère qui conduisait, j’aurais alors vu ce qui me manquait et qui n’était pas bien rangé dans les cartons avec le reste.

J’aurai vu cette personne qui me fixait le regard triste de ne pas avoir été salué une dernière fois et qui, me voyant disparaître au coin de la rue, aurait tourné les talons pour s’évanouir dans le silence de la maison. J’aurai vu cet autre moi qui tenait dans ses mains un morceau de ma vie, un petit bout de celui que je suis, un plus grand bout de celui que j’étais alors et qui les aurait placés contre son coeur avec le sourire alors que tout lui disait de pleurer. J’ai l’abandonnée et cette partie m’a vu m’en aller en gardant le sourire.

Car j’ai laissé une partie de ma vie dans chaque maison sans même prendre le temps de me retourner. Et aujourd’hui que je deviens plus sage, plus réfléchis je peux réparer ces erreurs. J’ai appris à me connaitre, à m’aimer et à me souvenir de vous. Vous vous appelez Léonard, Firmin, Beaumarchais, Rueil, Eric, Gael, Jean et tous les noms que vous avez choisi, tous ceux que vous souhaitez. Sans vous je ne serais jamais qui je suis à l’heure où je frappe ces mots.

Ce soir je me suis souvenu de vous. Je me suis souvenu que j’étais parti sans vous dire « au revoir ». Je me suis souvenu de chaque adresse où je vous ai laissé. Chaque adresse depuis ma naissance. Vous avez contre votre coeur celui que j’ai été avant vous, et celui que j’étais avec vous. Chaque partie de moi est marquée d’un souvenir avec vous. Je ne sais pas pourquoi vous en avez décidé ainsi mais ce soir vous m’avez rendu tout ce que je vous avais laissé. Ce soir je suis venu vous rendre visite l’un après l’autre et tous en même temps ; sur votre invitation. J’ai pu vous revoir, voir votre sourire et par dessus tout, j’ai pu vous dire « au revoir » et vous laisser partir.

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